Régine « La Grande Zoa »

 

      En voyant la façon de s’habiller des artistes aujourd’hui, je suis un peu déçu de constater un certain manque d’élégance.

      Pour terminer la période  avec Claude François j’ai gardé de lui l’image d’un homme soigné et raffiné.  Ses sous vêtements étaient noirs et ses chaussettes appelées « mi-bas »  très fines, étaient également de la même couleur. Il était d’un dandysme extrêmement soigné rigoureux jusqu’à son eau de toilette « Jicki » de Guerlain aux aromes puissants, adopté à sa création par les dandys anglais qui en raffolaient.

Petite parenthèse

(Devant  la « dégaine » aujourd’hui  de certains chanteurs ou animateurs, je me dis que l’élégance n’est plus au goût du jour, ils ont plus l’allure de jet-setteur pour supers-marchés, que de stars hollywoodiennes sur tapis rouge. Quand les émissions de téléréalité deviennent les arènes de notre bas-empire, l’exutoire et l’opium de cette génération nihiliste  décharge sa misère existentielle dans l'ignorance et le conflit polémique.)

Fin de parenthèse.

       J’ai eu le grand plaisir de  revoir Chouffa  la  maman de Claude  plusieurs années après. J’ai souvent pensé à sa vie depuis la disparition de son fils. Un jour nous avions pris un café dans un bar boulevard Exelmans, d’ou on voyait l’appartement de Claude c’était très émouvant,  il s’en est  suivi des confidences assez difficiles à entendre, car un artiste est un artiste et sera toujours la proie de ceux qui l’entourent surtout l’ors qu’ils y à des intérêts  financier. Cela fait partie du côté sombre de ce métier, et Je ne veux me souvenir que des bons moments et oublier  tout le négatif  qui avait fait de Claude un être exécrable, capricieux et mégalo. Chouffa est resté  dans mes pensées. « Le moulin » un souvenir qui n’existe plus.

       Je déplore seulement ce que je vois à la télé, ces sosies « maladifs » pour certains tellement éloignés  physiquement et mentalement  de l’artiste.

Que penserait Claude de tout cela ?

      Pour l’heure je  suis heureux que Marc  le deuxième fils de Claude deux fois papas  partage aujourd’hui la vie publique de son père avec son frère.

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      Quelques temps après, j’allais rejoindre une autre artiste par l’intermédiaire d’une « Dame » dont j’appréciai beaucoup l’allure et l’élégance. Je l’avais sollicité de ma province à l’époque où je caressais  le doux rêve de devenir chanteur. Elle m’avait reçu plusieurs fois dans son bureau , et chaque fois je regardais discrètement au mur des photos  d’artistes dont elle s’occupait,  Serge Lama entre autre avec qui nous avions quelques années plus tard partagé l’affiche d’une soirée festive au « Grand hôtel »prêt de l’opéra,  il avait a cette époque comme agent  une personne très agréable  Simone Marouani.

       Donc dans le bureau de René Lebas toujours admiratifs des photos des artistes accrochées au mur, figurait celle de Régine dont elle s’occupait. En dehors d’avoir une très forte personnalité Régine avait enregistré de nombreux titres spécialement créés pour elle par les auteurs les plus connus à l’époque, à commencer par Charles Aznavour, Henri Salvador, Gainsbourg etc.……  une série de 45 tours étonnants d’originalités et magnifiquement interprétés. Régine avait un fils de mon age Lionel dont elle ne s’occupait pas ou peu,

       Renée Lebas me demanda donc d’aller voir Régine de sa part rue Vavin à son domicile car elle cherchait un secrétaire. Rendez-vous fût pris et elle me reçut dans sa chambre, en tout bien tout honneur. Elle me posa quelques questions diverses sur les gens du show-biz  sur moi-même etc.….  et je fus engagé. Par la suite elle me présentât à sa bonne Suzanne, une femme simple et très gentille d’origine portugaise elle n’arrivait pas à prononcer mon prénom Monsieur Cyril, alors elle disait monsieur « Stérile » je m’y suis très vite habitué. Après avoir échangé quelques mots  elle me confia les clés du club en bas sous l’appartement où j’allais par la suite souvent me ravitailler en cigarettes laissées par les clients. Dans la cuisine de l’appartement où les coussins étaient recouverts de peaux de bêtes, je me nourrissais de « pistaches » et autres « cacahuètes ». Nombreux étaient  les gens du show bizz qui venaient très souvent lui rendre visite, je croisais toutes ces personnes dont le sculpteur CESAR que j’aimais beaucoup  qui avait réalisé une sorte de tableau sur du papier, qui représentait un coq fait avec le tampon du Night-club « Le Regin’s ».

      J’aimais beaucoup l’appartement de Régine, un style belle époque version « cocotte de grands luxes » avec des nubiens en guise de lampadaire. Régine était plutôt d’humeur changeante je dirais même bipolaire courtoise mais sèche. Elle n’était pas du tout manuel aussi bien pour sa coiffure que pour son maquillage. Son premier grand succès  était «  La Grande Zoa ! Je me souviens qu’un soir, rentrant d’un gala  d’Anvers, dans le taxi elle me fit remarquer une grande affiche, d’une Star avec un boa, il s'agissait d'Amanda Lear. Etre  secrétaire privé de Star, avait pour obligation d’être libre 24h sur 24,  et être disponible et efficace du réveil au coucher et rentrer après les derniers "désiratas"de l’artiste.

      Un dimanche nous sommes partis pour Anvers ou Régine chantait pour des diamantaires Ashkénazes, des personnes  chics et élégantes rien à voir avec les sépharades plus « bruyants » !            Son chef d’orchestre était Gérard Jouanest  le mari de la magnifique  Juliette gréco. Arrivée a Anvers dans le hall de l’hôtel, une femme me tomba  dans les bras une souris venait de lui passer entre les jambes. L’après midi, nous avons fait la balance pour le son avec ses musiciens assez simples dans la pratique comme dans la qualité. Pendant que nous dinions Régine parlais de ses chansons, dont elle reconnaissait et aimait la qualité. La clientèle était assez étrange, des costumes noirs la kippa  sur la tête ce qui faisait ressortir les pierres précieuses même sur les chaussures des dames. Les temps ne sont plus les mêmes, aujourd’hui on mangerait avec des baguettes car une grande partie des diamantaires ne sont plus ce qu’ils étaient ni à l’endroit ou ils étaient.

      Il me souvient que le lendemain ou le temps était toujours tristement gris  mon téléphone sonna assez tôt, c’était Régine, elle me disait qu’elle était dans la voiture prête à partir. Je me suis préparé à grande allure pour la rejoindre sans la faire trop attendre. Quelques kilomètres plus loin elle me dit « dans ce pays, il doit faire du soleil une heure par an le 15 aout entre midi et treize heures »

      Pendant ma période Régine, Gérald venait me chercher le soir à l’entrée de l’immeuble.  Je bougeais beaucoup moins qu’avec Claude François,  nous nous faisions faire 2 sandwichs et nous prenions le métro de Vavin à Neuilly nous descendions  aux sablons. Régine n’était pas ce que l’on appelle quelqu’un de gentil  ni de très généreux encore moins de cœur ce qui ne m’empêchait pas de l’aimer, et mon amitié pour elle n’à pas pris une ride a ce jour.

      Le plus difficile pour un secrétaire privé est d’être discret. Elle avait eu une vie épouvantablement dure, aussi bien avec ses parents, que la période de la guerre. Donc qu’elle ne fasse pas de cadeau au reste du monde  peut se comprendre ! Elle était comme beaucoup d’artistes « radine » sauf pour le sexe ! Lorsqu’elle avait une visite privée, je fermais la porte à clé de sa suite et  40 mn après selon ses instructions, je frappais, mettais la clé dans la serrure et disait  « Mademoiselle on vous appelle de New York ! » c’était l’excuse pour que l’invité s’en aille.

      Comme nous approchions de MAI 68, le travail se faisait plus rare, et je fus  remercié.

      Je me suis donc retrouvé avec Gérald dans notre appartement de Neuilly  sans travail. Le lendemain matin je décidais d’aller voir Renée Lebas la productrice de Régine  pour lui dire que  pendant la période ou j’étais avec la « reine de la nuit », j’avais entendu qu’elle  préparait sa séparation artistique d’avec elle et que malheureusement il n’était pas de ma compétence de l’avertir. J’avais pour consigne comme pour les trois petits singes  « ne rien voir, ne rien entendre, ne riendire ». J’ai par la suite conservé  cette philosophie, qui a certainement été adoptée par Gandhi comme une vérité universelle, tout au long de ma profession d’artiste.

      S’il n’y a pas de réciprocité d’émotivité, il faut changer de métier.

      Avec Régine, ma vie ne s’est pas terminée là, mais au fil des pages nous la retrouverons sur notre route.