Cyril Sauteraud d’Artonne

 

En ce dimanche ensoleillé, nous sommes allés voir une exposition de peintures  sur le Maroc et plus particulièrement sur Marrakech.  Des œuvres exceptionnelles de Sir Winston Churchill et Hassan el Glaoui.

De superbes vues de la ville, des remparts, avec en fond  les montagnes de l’Atlas enneigées. Rien n’a changé depuis 1933,  la koutoubia  que l’on aperçoit depuis tous les endroits de la ville domine depuis toujours de façon impressionnante et rayonnante. Elle impose le respect.

Tout cela nous paraît être un signe.                                                      

C’est donc ici que nous allons écrire ce livre de souvenirs.

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Mon arrivée à Paris

Il me faut donc remonter le temps, faire le chemin a l’envers, et ce n’est pas facile, car a ses souvenirs viennent s’ajouter des visages, des noms, des voix. Du plus loin que je me souvienne je me rappelle un été un transistor a la main le soir tombant dans ma Normandie natale j’écoutais la radio en direct depuis le Whisky à Gogo de Cannes et j’imaginais ce à quoi pouvaient ressembler tous ces gens qui faisaient la fête tout en buvant du whisky ou du champagne accompagnés de sulfureuses créatures blondes égéries des soirées mondaines.

L’adolescence n’a fait que me conforter dans mes désirs d’évasion vers « ma vie d’artiste » le 1er avril 1967, je pris le train avec un billet aller sans retour……………. Me rappelant les voyages Caen-Paris  en train à  vapeur (4h15 a l’époque), je jetais un dernier regard vers cette gare qui était la gardienne de tant de souvenirs qui me les renvoyait en pleine figure. Caen ville martyrs où les étés se faisaient une place au milieu des blockhaus et des stocks de munitions,  avec de-ci de-là une explosion de temps dans cette eau toujours en mouvement de marée basse en marée haute.

 Arrivée à PARIS direction au 5 rue Lincoln près des Champs-Elysées au bureau de Claude CARRERE et de SHEILA méga médiatisé à l’époque.  Depuis la fenêtre du bureau j’apercevais   la voiture de SHEILA difficile de l’ignorer car une voiture que j’appellerais  «  Palace » garée en double file ne peut pas passer inaperçu.  A l’intérieur un paquet de cigarettes  à la menthe de marque « KENO ».

On est loin de la 4l Parisienne des couettes et de la jupe écossaise que l’on voyait couramment  à la TV, ce fut mon  premier choc avec le « showbiz ».

 J’en ai déduit qu’il ne fallait pas se fier à ce que je voyais. J’ai donc commencé par chercher du travail et très vite on me proposa un emploi  de vendeur dans un magasin de vêtements sur les Champs-Elysées. Le soir bien entendu j’avais besoin de sortir dans les « boîtes de nuit » pour m’évader de mon travail qui n’avait rien de très attrayant. C’est dans une de ces soirées que  J’ai croisé ORLANDO le frère de DALIDA. Déjà coincé avec son parapluie il ne cessait  de mettre des pièces dans je juke box pour que l’on entende de façon répétitive les chansons de sa sœur. L’endroit était tenu par NANO que nous avons  retrouvé   plus tard à Saint-Tropez dans son bar-restaurant, et nous nous faisions les beaux soirs du BYBLOS au krak des Chevaliers.

Prêt de chez moi dans le 15es deux producteurs Canadiens avaient ouvert un club restaurant « La Calèche ». Je m’y rendais souvent le soir pour y retrouver des artistes forts connus en sirotant une menthe à l’eau car je ne buvais pas d’alcool. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de FRANK ALAMO qui rentrait du service militaire. Quelques jours plus tard il m’invitait chez lui avenue Henri- martin, dont l’adresse englobait le 101 et le 103. Ce fût mon deuxième choc devant tant de luxe, en entrant dans l’appartement un immense couloir assez large  où se promenait un fennec. Les clenches  de portes étaient en ivoire, ouvrant sur  d’immenses salons  où je croisais le père de Franck, qui ne voulait en aucun cas entendre parler du pseudonyme d’ ALAMO  comme on le surnommait déja dans le métier de chanteur. Je retrouvais également la grand-mère de Franck qui portait le prénom de CARMEN, Je l’aimais beaucoup. Puis je fis la connaissance du frère de Franck qui me proposa de manière un peu rapide et cavalière de partager avec lui un appartement,  et pour me mettre à l’aise me montra son carnet d’adresses ou était inscrit entre autre « le fiacre »  un endroit Gay internationalement connu.

 Ma première opération « promo » a été l’organisation d’une séance de dédicaces à CAEN ma ville natale. Le soir nous sommes passés par ELBOEUF pour rejoindre Richard ANTHONY et PASCAL DANEL qui en plein succès commençait à se plaindre de sa toute nouvelle notoriété genre (je n’ai pas assez souffert).

 Plus tard rentrant sur  Paris, je retrouvais mon ami Philippe RATISTBONNE  c’était un 21 NOVEMBRE,  il faisait très froid  il me  proposa  avant d’aller dîner de passer voir un de ses amis avec lequel je fis connaissance,  et depuis 47 ans cette amitié dure toujours il s’appelle Gérald.

Gérald Chabrat Saint-Michel

Mon arrivée à Paris

 

A 19 ans je quittais pour la première fois ma mère et ma grand-mère qui m’avait  élevé  pour  (monter) a Paris.  Mon père militaire de carrière avait disparu en 1945 lorsque j’avais 18 mois .C’était pour moi un grand voyage je redoutais le fait d’être seul je n’étais jamais sorti des jupons de ma mère. Je venais de terminer depuis quelques mois des cours par correspondance du C.I.C.F (Conservatoire Indépendant du Cinéma Français), et j’étais attendu dans la capitale pour passer l’examen de fin d’études. Le voyage me parût extrêmement long  je n’étais pas très rassuré parmi tous ces  voyageurs  qui me regardaient étrangement. Mais je fusse encore plus impressionné lorsque le train rentra en gare d’Austerlitz, moi qui ne connaissais que la petite gare de mon village où passaient à peine trois trains par jour dont un seul s’arrêtait, celui qui nous amenait à Brive la Gaillarde pour prendre la correspondance pour Paris.

Heureusement je n’avais avec moi qu’une seule valise  bien trop lourde à porter depuis mon wagon deuxième classe qui se trouvait en queue  jusqu’à l’immense hall de la gare. Grand-mère et maman m’avait remis une petite somme  d’argent pour mon séjour qui m’autorisa à prendre un taxi pour me rendre à mon petit hôtel dans le 18é.

Dans le taxi voyant toute cette circulation, cette population abondante qui allait dans tous les sens,  je me suis senti  rapidement vulnérable et j’ai eu à plusieurs reprises l’envie de retourner a la gare et prendre le premier train qui me ramènerais a la maison. Mais je me suis dit : Grand –mère et maman ne se sont pas sacrifiées pendant tant d’année pour que je laisse tout tomber, je me devais  d’aller au bout de ce choix que je leur avais en quelque sorte imposé car tout ce qui touchait  de loin ou de près au monde des artistes  étaient à la campagne considérée comme tabou.

Quelques jours après mon arrivée, je me suis rendu au siège du CICF pour passer mon examen. J’étais surpris de voir autant de candidats et je pris peur, l’angoisse  monta rapidement et je sentis que je perdais peu à peu tous mes moyens. Parmi tous les candidats quelques-uns ont accepté de me parler et au fil des conversations je me suis sentis un peu plus rassuré.

Nous étions tous assis dans une grande pièce où les murs étaient tapissés de grandes  affiches de cinéma. En les regardant je me suis mis à rêver, et j’avais compris enfin pourquoi j’étais là.

Un à un les candidats étaient appelés par leur nom pour être conduit en salle d’examen, lorsque j’entendis le miens je me suis sentis tétanisé des pieds à la tête.

Monsieur Chabrat vous venez d’où…. ? Avec mon accent du midi je répondis : -du lot Madame. Un grand silence puis deuxième question :- quel a été votre choix dans les matières que vous avez étudiées durant l’année de vos cours par correspondance….. ?  Sans hésitation je répondis :- assistant-réalisateur Madame.

Une voix grave austère et  désagréable me répondit ces paroles qui m’ont totalement déstabilisé et découragé.

-Vous êtes encore à ce stade  très loin de votre choix Monsieur Chabrat, il faudra encore quelques années pour atteindre votre bût et  vous devrez continuer les cours sur place a Paris.

J’étais venu a Paris seulement pour  quelques jours pour passer l’examen loin de savoir qu’il fallait continuer les cours sur place pour avoir un diplôme définitif qui me permettrait d’avoir du travail. J’étais sous l’emprise  d’une certaine innocence qui allait changer mes plans. Avec beaucoup de diplomatie et de persuasion j’ai fait comprendre à grand-mère et  à maman  que je n’avais pas le choix, qu’il fallait que je reste pour terminer les cours et obtenir mon diplôme. Ce que je redoutais le plus c’est que pour continuer à financer les cours il faudrait de l’argent, et mes parents n’en avaient pas suffisamment. Grand-Mère qui touchait une petite pension de veuve de guerre se proposa de  m’aider et de mon coté je m’engageais à trouver un petit travail.

C’est ainsi que je mes sui retrouvé vendeur au « Bon-Marché » pendant un an, ce qui m’à permis d’obtenir mon diplôme d’assistant-réalisateur avec lequel j’ai pu accéder  a un  poste à l’ORTF comme stagiaire avec  Jean THEVENOT  pendant une année, mais au moment  où  j’allais passer titulaire j’ai été appelé  sous les drapeaux.

Je ne suis resté  que trois longs mois à la caserne de Montauban  m’étant  fait réformer.  J’ai regagné la capitale ou m’attendait une mauvaise nouvelle, ma place d’assistant réalisateur  avait été prise,  je me retrouvais donc sans travail avec très peu d’argent.

 Heureusement il me restait quelques amis sur qui je pouvais compter qui étaient dans le show-business qui me présentèrent à des  artistes dont j’ai eu la chance  de devenir leur secrétaire.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Cyril qui était secrétaire de Franck ALAMO, c’était en 1967.